Eglise servante
Avec cette célébration de la sainte cène,
nous entrons dans le triduum Pascal, la célébration du mystère de notre salut. Les
lectures bibliques de ce Jeudi Saint nous ouvrent à ce mystère pascal et nous
invitent à l’action. En nous
rappelant le sacrifice de l’Agneau pascal suivi d’un repas de communion entre
les fidèles d’Israël, le Livre de l’Exode inscrit dans notre mémoire la figure de l’Agneau qui marque la première libération du péché,
la première entrée dans le salut.
Cette mémoire du people d’Israël, nous la
retrouvons dans les deux lectures du Nouveau Testament. Saint Paul, en
rappelant à l’ordre les chrétiens de Corinthe, leur transmet les paroles mêmes
du Seigneur. Ce le Christ qui est en
effet l’Agneau pascal qui Se sacrifie.
Notre célébration
de ce soir s’inscrit dans cette même logique. Il s’agit bien d’accomplir, de
réitérer le repas du Seigneur, pas simplement en nous souvenant de Lui. Mais il s’agit, plus fondamentalement, de le laisser advenir de telle sorte
que le souvenir devienne mémoire vive, présence réelle et que nous ne cessions
de rendre grâce à Dieu. Ce soir,
il est important de comprendre le sens des deux gestes dans notre célébration :
la célébration du dernier repas de Jésus avec ses disciples et le Lavement de
pieds.
Parlant du dernier repas, il faut comprendre que la Cène
du Seigneur est le signe du don total de Jésus à son Père en versant son sang
pour le salut de l’humanité. Ce repas où le Pain et le Vin sont partagés
anticipe l'offrande de Jésus sur la Croix. Entouré de ses disciples, Jésus est
entrain de vivre et d’exprimer la preuve ultime de l’amour : « Il n’y a pas de
plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »
Le signe du Lavement des pieds, quant à lui, nous fait
entrer dans le sens profond du sacrifice du Seigneur. Bien sûr que ce signe
nous renvoie par l’eau qui est utilisée, au Baptême qui lave les fautes et au
Pardon. Le sens de purification est bien clair dans ce geste, mais le signe du
Lavement des pieds, par l’éclat du geste où le Maître s’agenouille devant ses
disciples nous invite à une attitude sans laquelle personne ne peut se dire
disciple. « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous
aussi, comme j’ai fait pour vous ». C’est un geste plus parlant et presque obligatoire
pour le disciple.
Ici, le disciple n’a pas le choix. Il doit risquer lui
aussi sa vie en la donnant comme le Maître. Voilà le risque du signe du
Lavement des pieds. C’est un signe, oui ; mais Je dirais que c’est un signe irremplaçable
en ce sens qu’il traduit littéralement l’abaissement d’un Dieu amour. C’est
pourquoi, quand Pierre dit « Tu ne me laveras pas les pieds. » Jésus lui répond
: « Si je ne te lave pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi. » Il y a
donc, caché sous ce lavement quelque chose de nécessaire au salut, puisque sans
lui, Pierre lui-même ne saurait prétendre avoir part au royaume de Jésus.
De notre part, en faisant le geste que nous avons choisi de
se laisser laver les mains dont le signe est moins fort que celui du Lavement
des pieds, nous entrons dans la même dynamique. Nous osons risquer d’avancer
sur le chemin du don et du service à l’exemple de Celui qui s’est fait le
Serviteur de toutes et de tous. La grâce invisible du signe du Lavement des
pieds nous bouge et nous fait entrer dans le mouvement de l’Amour de Dieu qui
se donne.
Il est curieux de constater que Jésus ne le fait pas
avant le repas ou après le repas, mais au cours du repas, il se levé de table,
quitte son vêtement et prend un linge qu’il se noue à la ceinture. C’est ne
donc pas par hasard que Jésus fasse ces deux signes à une même occasion. L’institution
de l’Eucharistie, c’est le don de sa vie et le lavement des pieds, c’est le
service. Jésus veut nous faire comprendre qu’il n’y a pas d’Eglise sans
service, il n’y a pas de vie sans don de soi. Cette célébration est un moment privilégié dans l’histoire de
l’Eglise. En effet, c’est déjà la Résurrection qui est présente dans le
dernier repas de Jésus. Jésus annonce que les disciples devront répéter les
mêmes paroles et refaire les mêmes gestes pour le salut du monde. Dans ce
dernier repas, c’est bien l’annonce de la naissance de l’Eglise qui est
proclamée.
Si Jean ne nous donne pas de récit de l’institution de
l’Eucharistie, à la différence des 3 autres évangélistes, il nous en donne
pleinement la signification dans le geste du lavement des pieds. La mission de
l’Eglise, c’est de servir l’Humanité. L’Église, en célébrant l’eucharistie,
s’engage à poursuivre la mise en pratique de cet amour définitif de Dieu. Elle
s’engage à se mettre elle aussi à genoux pour venir au service de l’humanité,
elle s’engage à donner le signe de l’amour.
Cette célébration
est aussi un moment privilégié pour chaque baptisé. Elle nous concerne
tous comme membres de cette Eglise. Ce geste du serviteur est posé par le
Christ non pas simplement comme une illustration de ce qu’il est, mais aussi
comme une mission confiée à ses disciples. « C’est un exemple que je vous
ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
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